Rouler en peloton

Un art à maîtriser pour la sécurité de tous

Avez-vous déjà remarqué à quel point, lors d’une course sur route, les cyclistes roulent collés les uns sur les autres? Le peloton, en course, c’est la manière la plus efficace pour avancer à grande vitesse en dépensant le moins d’énergie possible. Il s’agit ici d’un jeu d’aérodynamisme, d’efficacité à fendre l’air. Plus le peloton a la forme d’une aile d’avion (goutte d’eau), plus celui-ci est efficace. Les premiers, devant, travaillent fort pour que ceux derrière se la coule douce… jusqu’à ce que ce soit au tour de ces derniers à prendre la tête.

Mais en événement populaire, en « Gran Fondo », est-ce la même chose? Est-ce aussi efficace? Dans une proportion moindre, l’effet est similaire, en autant que le peloton soit discipliné et compact.

Rouler en groupe en occupation d’une voie

Lors d’une randonnée du type Gran Fondo (Garneau-Québecor-Cascades, Mont-Tremblant, Randonnée Jimmy Pelletier, le 1000 km du Grand défi Pierre Lavoie) où les cyclistes occupent une voie entière sur la route, chaque groupe est organisé, selon l’événement, en positionnant les cyclistes en rangs de 2 ou 3 cyclistes, séparés d’environ 1 mètre. Souvent, un groupe d’encadreurs ouvrira le cortège et aura le rôle de régulariser la vitesse du peloton afin de s’assurer que celui-ci demeure le plus constant et le plus compact possible.

Cette formation est d’une impressionnante efficacité en termes d’économie d’énergie, tant que les cyclistes gardent une distance constante avec ceux qui les précèdent. En gardant une distance d’un mètre ou moins, les cyclistes peuvent économiser entre 15% et 30% d’énergie par rapport à ce qui serait nécessaire pour garder une même vitesse en solo. Plus la distance augmente, plus l’efficacité diminue, si bien qu’à deux mètres, il n’y a pratiquement plus d’avantage, le gain variant entre 0 et 5% seulement. La résistance au vent est proportionnelle au carré de la surface exposée au vent! C’est donc exponentiel : plus vous vous cachez, moins le vent vous freine, au carré! (Reste la friction avec le sol, la gravité et les pertes mécaniques qui font que vous devez quand même pédaler pour avancer!)

Il est donc essentiel, pour garder une cohérence de groupe, de toujours tenter de garder constante la distance avec le cycliste qui nous précède. Si vous vous retrouvez en avant, préparez-vous à travailler fort car c’est vous qui fendez l’air pour les autres! Vivement des relais de temps en temps!

Rouler en groupe en ligne simple

Lors d’événements cyclistes ou lors de sorties en groupe (club cycliste, amis) où la circulation se fait en ligne simple à la droite de la chaussée, le fait de garder une distance d’un mètre ou moins a aussi un important effet sur l’effort à fournir. Même si l’efficacité est un peu moindre que pour un groupe « large », il demeure important et peut atteindre jusqu’à 25%… si la personne en avant arrive à bien vous cacher! Encore une fois, plus la distance augmente, plus l’effet diminue rapidement, la loi de la physique ne changeant pas en fonction de la manière dont les cyclistes roulent.

Ce qui distingue la ligne simple du peloton, c’est le risque occasionné par la circulation automobile qui a tendance à passer plus près d’une ligne simple que d’un groupe large. La marge de manœuvre est alors réduite et le stress peut parfois grimper rapidement. Il faut demeurer concentré et constant.

En passant, les relais devraient toujours se faire par la droite lorsqu’on roule en ligne simple, afin que le groupe protège celui qui se laisse descendre vers la fin du peloton.

Le risque de chute

Un des arguments invoqués par ceux qui gardent trop de distance avec ceux qui les précèdent est la peur de blessures graves en cas de chute ou de collision. En peloton, comme tout le monde roule à la même vitesse (normalement), le risque de collision est faible, en autant qu’on garde sa ligne et qu’on ne passe pas son temps à vouloir dépasser les autres. Comme le différentiel de vitesse entre les cyclistes est nul, aucune raison d’aller frapper celui qui nous précède, tant qu’on roule à vitesse constante. D’où l’importance de ne JAMAIS freiner brusquement lorsqu’on roule en groupe, peloton ou non! S’il faut freiner, on le fait doucement, au même rythme que celui qui nous précède. Il faut s’imaginer comme en auto ou même en autobus, où tous les passagers accélèrent et freinent ensemble.

Le risque zéro n’existe pas, évidemment, mais si un contact devait survenir, il suffit de garder son calme et de « chercher une sortie ».

Contact entre les roues

S’il arrivait que notre roue avant entrait en contact avec la roue arrière du cycliste qui nous précède, on doit réagir en se déplaçant du côté opposé au contact et ce, légèrement, pour ne pas frapper le cycliste à côté de nous. Par exemple, si notre roue avant est à la droite de l’autre roue et qu’il y a contact, on tourne notre tête vers la droite (le contact se fait à la gauche de notre roue avant) et on « cherche la sortie », un trou pour se faufiler. Ce déplacement du regard conditionne le cerveau à chercher l’équilibre du bon côté et va nous faire tourner du « bon bord », du côté opposé au contact. Si par malheur on regarde du même côté que le contact (à gauche pour notre exemple), on va tenter de virer à gauche mais ça ne tournera pas (on est en contact) et on va perdre l’équilibre, ce qui va provoquer la chute.

Ainsi, dans un peloton où les cyclistes sont en rangs de trois, peu importe de quel côté on est, à gauche, au centre ou à droite, on doit chercher la sortie de la même manière, en tournant du côté opposé au contact. L’espace étant limité, il est primordial de regarder où on va aller et non la personne à côté de nous.

Suivre le rythme du groupe

Sur un trajet, il y a des montées et des descentes. En groupe, il est important de tenir compte de la taille du groupe et de la capacité de celui-ci afin de ne pas créer d’effet élastique. Lors d’une montée, les gens en tête verront à garder la vitesse aussi constante que possible dans le début de la pente et à ralentir très progressivement de manière à éviter le compactage subit et le freinage à l’intérieur du peloton. Une fois engagé dans la côte, le groupe garde une vitesse la plus constante possible jusqu’en haut. Une fois la côte gravie, les cyclistes de tête conserve la même vitesse et n’accélèrent pas tout de suite, car il y a encore plein de gens qui sont encore au beau milieu de la côte, ne l’oubliez pas! Les cyclistes de tête vont accélérer lentement lorsque les gens en queue de peloton auront terminé de grimper. Pour un petit groupe de 15 cyclistes en ligne, on parle d’environ 60 à 100 mètres, mais pour un peloton de 300 cyclistes, c’est parfois près de 300 à 500 m qu’il faut rouler à vitesse réduite avant de relancer très lentement le groupe vers sa vitesse normale.

Lors des descentes, les cyclistes de tête ont le choix de se laisser descendre ou de régulariser la vitesse, selon l’événement et l’expérience des cyclistes. Plus le groupe est gros, plus il faut éviter de prendre trop de vitesse car il devient difficile de garder une distance constante dans ces circonstances, certaines personnes se retrouvant plus lents que d’autres de par leur constitution, leur poids, leur vélo et pleins d’autres facteurs, sans compter ceux qui auront la frousse de la vitesse et qui freineront par réflexe. Une fois la descente terminée, la tête devra certainement ralentir afin d’attendre que le groupe redevienne compact.

Se placer au bon endroit

Sachant qu’il est plus efficace d’être dans le groupe qu’en dehors du groupe, les personnes les plus fortes ont tout intérêt à se placer derrière, surtout si un groupe d’encadreur est en charge de l’ouverture du peloton. Ainsi, si le groupe s’étire, les plus forts seront en mesure de rejoindre le groupe assez facilement. Si les plus faibles se retrouvent derrière, en cas de « décrochage », ceux-ci risquent fort de ne jamais être en mesure de rejoindre le groupe, sachant qu’il faut déployer 30% plus d’énergie que le groupe pour rouler à la même vitesse, et maintes fois plus pour le rejoindre. Il est donc recommandé que les gens déployant moins de puissance demeurent dans le premier tiers du groupe afin de profiter au maximum de l’effet aérodynamique et afin de ne pas avoir à rattraper le groupe. Du même coup, cette configuration permet de mieux réguler la vitesse dans les montées, en autant que les plus forts ne dépassent pas.

Signaler les défauts de la route

Si certaines personnes ne disent jamais rien et ne signalent jamais rien, d’autres sont parfois un peu trop volubiles et causent un stress inutile au sein du groupe. Il est important de signaler un danger au groupe, à condition que celui-ci soit un vrai danger. Un « trou d’homme » trop creux, c’est un vrai danger, mais un trou d’homme au raz de la chaussée n’a rien de dangereux en temps normal. Une fente longitudinale représente un risque majeur, mais une fente perpendiculaire sera généralement sans risque. Une voie ferrée devrait toujours être signalée verbalement.

Peu importe la situation, s’il faut signaler un danger, mieux vaut le faire de manière verbale afin de garder les mains sur le guidon. Un trou se dit « trou », une fente se dit « ckack », du sable se dit « sable », et non « Wooooohhhh » ou « attentioooooon!!! ». Si on est assez habile, on peut pointer les trous avec le doigt, mais il est préférable de garder les mains au guidon que de risquer de perdre le contrôle.

Dépasser dans un peloton, pourquoi?

S’il est une chose qui perturbe rapidement l’équilibre d’un peloton, c’est le dépassement. En effet, chaque fois qu’un cycliste décide de passer devant un autre, il crée un trou là où il était, met la sécurité des gens en péril durant un moment, et crée un vide à ses côtés durant un bon moment, le temps que les gens se placent après son passage. Ceci entraine presque toujours un effet élastique indésirable.

La grande question est la suivante : pourquoi dépasser le cycliste qui nous précède, sachant que de toute façon, le groupe va au même endroit et qu’on arrivera tous en groupe? Pensez-y! Au départ, placez-vous avec des gens de confiance et restez là! Si un cycliste a un comportement qui vous dérange, signalez-le aux encadreurs qui veilleront à tenter de corriger la situation.

Demeurer dans le groupe ou abandonner

Parfois on se trompe et on choisit le mauvais groupe. Si le groupe qu’on a choisi va moins vite que ce que nous espérions, c’est dommage, mais c’est comme ça, on se rend jusqu’au bout… et on en profite pour faire du social ou pour aider ceux qui trouvent ça plus difficile. Mais si on se rend compte que le groupe est trop fort, on a deux choix, selon le type d’événement. Ou bien on abandonne et on embarque dans le véhicule balai, ou bien, si l’événement le permet, on se range dans l’accotement et on laisse le groupe nous dépasser pour attendre l’autre groupe, plus lent, derrière. Dans ce cas, il importe de savoir que durant tout ce temps où on roule hors du peloton, on est considéré comme hors-événement et on devient un cycliste civil qui doit respecter le Code de la sécurité routière à la lettre.

Respect des encadreurs, des commissaires et des règles

Les encadreurs ont un rôle important lors des événements : assurer la sécurité du groupe. Ils ont évidemment bien d’autres rôles à jouer, mais celui-ci est particulièrement important. Si un cycliste contrevient aux règles (mauvais comportement dans le groupe, roule dans la voie opposée, roule dans l’accotement, garde trop ou pas assez de distance avec les autres cyclistes, etc.), l’encadreur peut intervenir et aviser le participant que son comportement est inapproprié. Si nécessaire, l’encadreur peut contacter le commissaire afin de l’exclure ou de le sanctionner. Il en va de la sécurité de tous.

Si le groupe comporte un véhicule de sécurité à l’avant, il est important de conserver une distance sécuritaire avec celui-ci, généralement d’au moins 30 mètres. Il en va de votre sécurité… et de l’air que vous respirez! Le véhicule peut avoir à freiner brusquement, ce qu’il va réussir plus facilement qu’un cycliste.

En résumé

Voici une image qui résume l’ensemble du propos et que vous pouvez imprimer pour vous y référer rapidement.

Bon Gran Fondo !

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